N’achetez pas français
Je profite d’un communiqué de presse pour rebondir sur un sujet que tout le monde préssent mais que peu osent aborder : Quel lien reste-t-il entre nous et les grandes firmes historiques françaises ?
Le 6 mai 2010, le groupe Peugeot-Citroën a annoncé un accord de création d’une joint-venture avec la société chinoise Chang’an Auto avec 50% des parts pour chacun.
En tant que français (« citoyen »), comment devons nous accueillir cette nouvelle ?
Il fût un temps où toute la France se serait réjouie de cette annonce parce qu’elle symbolisait l’expansion de l’économie française à l’export, de nouvelles commandes dans les usines françaises, un surplus de croissance économique pour l’amélioration du sort des français.
Combien de fois ai-je entendu : « Nous » sommes les leaders sur tel domaine à l’international, « Nous » avons obtenu le marché de cela à l’autre bout du monde, etc…
La grande firme française était alors considérée comme un bien publique (voire de la République). Tous les citoyens s’appropriaient un peu de cette grosse entreprise et la supportait comme on supporte une équipe de football.
Mais le fond de choses a bien changé. Tout comme l’équipe de football qui n’a de rapport avec sa ville d’origine que le nom, la grande firme française n’est liée à sa prétendue nation que par son histoire.
Dans les faits, la vraie propriété de ces grandes firmes, la propriété financière, n’a plus de patrie.
Les profits générés par les entreprises du CAC40 ne reviennent à la France qu’à hauteur de 60%.
En effet, la Banque de France publie tout les 2 ans environ, un rapport sur « La détention par les non-résidents des actions des sociétés françaises du CAC 40″, et le dernier en date qui est de fin 2008 au moment où j’écris cet article, montre qu’environ 40% des parts des sociétés du CAC 40 est détenu par des actionnaires étrangers.
Il faut également noter que ce rapport ne prend en compte que 36 sociétés. Les 4 manquantes ayant leur siège à l’étranger, à savoir : EADS, Arcelor-Mittal, Dexia et ST Microelectronics.
La croissance des sociétés du CAC40 profite à l’emploi des pays émergents.
Nous constatons depuis 10 ans une accélération très forte des délocalisations et les différents gouvernements, en essayant de garder la face, assistent impuissant au démantèlement de l’industrie française aux profit des pays émergents (principalement du BRIC).
Selon un article récent de MoneyWeek, “Les délocalisations pourront représenter 35% du chiffre d’affaires du CAC 40, voire 40% d’ici cinq ans”.
Et même si les grands groupes n’ont pas obligation de publier la répartition géographique de leurs effectifs, on constate entre 2002 et 2006 que l’investissement de ces entreprises a baissé d’environ 20 % dans la même période en France.
Une étude un peu plus ancienne de l’INSEE montre que dans la période 1997-2000, les effectifs du CAC40 en France ont stagné, alors que leurs effectifs mondiaux ont connus une croissance de plus de 40%.
Les entreprises du CAC 40 paient 2,3 fois moins d’impôts que les PME
Enfin d’après le journal Le Monde fin décembre 2009, les quarante plus importantes sociétés françaises payent 2,3 fois moins d’impôts sur les bénéfices que les petites et moyennes entreprises (PME). Tout ceci grâce à l’optimisation fiscale, diverses techniques utilisées pour alléger la facture des impôts et qui passent souvent par une implantation dans les paradis fiscaux ou par l’utilisation de techniques de fiscalité dérogatoire (crédit d’impôt-recherche, régime du bénéfice mondial consolidé, provisions pour charges exceptionnelles, prix de transfert,…).
D’après cette même source, le manque à gagner pour l’état français s’élèverait à 8 milliards d’euro par an alors que l’impôt sur les sociétés rapporte en France 34 milliards d’euro. Soit un manque à gagner de près de 25%.
Donc si l’on résume la situation actuelle :
- Les profits des sociétés du CAC 40 ne reviennent pas exclusivement à la France et de toutes façons, nous n’avons pas d’éléments prouvant que les actionnaires français réinvestissent ces profits en France.
- L’expansion de ces sociétés se fait à l’international et profite donc aux nations dans lesquelles sont implantées ces sociétés. Ceci est logique car il est de principe de compartimenter les marchés : Les marchés profitables ne doivent pas subventionner les marchés déficitaires.
- Les entreprises du CAC40 ne sont en rien des modèles de civisme ou de patriotisme puisqu’elle cherchent systématiquement à se soustraire à leur impôt.
Alors même si nous pouvons nous réjouir que cette croissance profite à d’autres, en l’occurrence les pays émergents, nous n’avons plus aucune raison de supporter ces « Fleurons de l’industrie française ».
D’autre part, ne soyons pas naïfs, la croissance dans les pays émergents se fait dans des conditions incomparables à celles que nous connaissons ici. Les référentiels sociaux, économiques, environnementaux n’ont rien à voir avec les nôtres.
Pourquoi donc s’évertuer à vouloir acheter français et supporter nos soi-disant grandes entreprises nationales.
Si les citoyens et certains politiques veulent encore croire en l’existence de frontières et de souveraineté pour les nations, l’économie et les entreprises savent qu’elles n’en ont plus depuis bien longtemps (voir à ce propos un article surprenant Google pourrait racheter la Grèce).
Dans ces conditions, pourquoi achetez français ?
Achetez français ? pourquoi pas mais le plus important est ailleurs…
Chaque consommateur que nous sommes, selon nos principes et nos convictions, pourra définir ses priorités par rapport à ses actes d’achat. L’achat de produits d’import peut être civique s’il contribue au développement économique et social des pays du Sud (cas des produits équitables par exemple).
Malgré tout, nous devons avoir à l’esprit que le salut de l’économie française ne passe surement plus par un soutien aveugle aux grandes firmes du CAC40 dans nos actes d’achat, mais par une vraie réflexion et une recherche sur les bienfaits locaux que ces mêmes actes peuvent apporter (emploi, transport, environnement, etc…). Par exemple, il est sans doute plus utile à l’économie française d’acheter une Toyota Yaris produite à Onnaing (Nord de la France) qu’une Renault Twingo produite en Slovénie.
Dans notre monde moderne, il faut bien différencier :
- Achat d’un produit ou service fabriqué en France, en s’assurant que la majeure partie de celui-ci soit d’origine française (conception, matières premières, sous-traitance, assemblage, etc).
- Achat d’une marque française, qui n’a plus vraiment de signification de nos jours.
Notre principal devoir de consommateur est de s’informer et d’aller au-delà des messages marketing formatés que l’on nous envoie. La force du consommateur est ici et il peut devenir à terme, maître de ses choix et imposer réellement les idées qu’il souhaite voir développer… La prise de conscience collective est obligatoire !
Mais dites-moi, quel type de consommateur êtes-vous ?
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2 Commentaires pour N’achetez pas français
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Par Wiloooo
Le 17 octobre 2011
Par Bernard
Le 6 décembre 2011